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 (+12) La Mère des Dragons

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brpsycho
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MessageSujet: (+12) La Mère des Dragons   Lun 29 Oct - 20:04



Début de l'époque commune. Quelque part à l'Ouest de Feudragon.

La Mère des Dragons
Ou la légende d'Arealis et la progéniture des dragons

Arealis était... Vivante. Elle savait ça, au moins. Elle était... Ligotée. Mais le reste était assez vague, et sans doute pas très important. L'homme qui mangeait assis près du feu, un peu plus loin, portait un genre de longue robe noire. Peut-être un mage ou un sorcier ? Il avait également un capuchon noir qui assombrissait son visage. Pas de barbe, pas de moustache, pas de cheveux. Mais c'était un homme. Il tourna la tête vers elle.
La jeune fille s'était assise tant bien que mal au fond de la grotte, handicapée par ses liens. Liens qui n'étaient presque plus nécessaires, désormais. Ses cheveux bruns étaient ébouriffée, et elle était vêtue dans les premiers haillons qu'ils avaient pu trouver. Mais une chose était sûre, elle était sans doute très belle avant. C'était ainsi qu'ils les choisissaient. Sauf que d'habitude, ils les tuaient.
La mixture était fin prête. Il en remplit plusieurs fioles et en servit une directement à la jeune fille.
- Qu'est-ce que c'est ?
Bien que lassé, le mage cligna lentement des yeux et marmonna une réponse :
- Un remède.
La jeune fille regarda la potion. À regret, le mage reprit ses explications :
- Je suis un magiscientifique. Vous êtes atteinte d'un mal magique. Faites-moi confiance, je suis le plus apte à vous soigner, surtout dans cette forêt. D'ailleurs...
Le mage oublia la potion deux minutes pour éteindre le feu.
- S'ils voient la lumière du feu dans cette grotte, ils nous trouveront.
- On ne risque pas de s'étouffer à faire du feu dans un endroit clos ?
- Ça vaudrait sans doute mieux. Allons, buvez...
- Je ne peux pas, j'ai les mains liées.
Il se décida finalement à la détacher, la sachant de toute façon inoffensive à ce stade du traitement, puis lui remit la potion qu'elle s'empressa de boire. Le mage apprécia les effets enfin favorables du long traitement.
- Vais-je guérir ? s'inquiéta la jeune fille.
- Je pense, souffla le mage.
Elle se retint d'exprimer sa gratitude. Bien qu'elle fut réellement reconnaissante, elle n'était pas encore certaine de pouvoir faire confiance à ce drôle de mage noir encapuchonné. Mais après tout, si les mages étaient repoussants par leur côté mystérieux et par la peur que soulevaient leurs pouvoirs, cela ne les rendaient pas forcément cruels. Mais ils étaient néanmoins humains. Ce sombre magiscientifique restait un homme, et s'il soignait cette pauvre jeune fille, qui avait désormais l'air d'une mendiante, quelle que fut son statut précédent, c'est sans doute qu'il désirait quelque chose en retour. Elle se tut, songeuse.

Lorsqu'elle se réveilla, le jour se levait. Le mage s'était assis près de l'entrée de la grotte et regardait au loin. Elle commença une marche hésitante dans sa direction, mais n'osa pas s'approcher à plus de dix pas de lui. Elle ne savait pas s'il allait se retourner ou l'ignorer, mais elle lança tout de même sa question.
- Pourquoi n'ai-je aucune mémoire ?
Elle crut un moment que le mage ne l'avait pas entendue ou refusait de l'entendre. La silhouette noire encapuchonnée ne bougea pas. Pourtant, sa voix se fit entendre, aussi faible que le murmure du vent d'hiver.
- Quel est votre nom ?
Elle répondit, hésitante, comme si c'était un test :
- Arealis ?
- Alors, reprit le mage, vous n'avez pas aucune mémoire, Arealis.
- Et vous, qui êtes-vous ?
- Est-ce important ?
- Mon nom était-il important ?
Le mage ne bougea pas, mais elle était certaine qu'il avait soupiré.
- Je m'appelle Mandreas.
Elle hésitait à lui poser d'autres questions,supposant qu'il n'était pas disposé à lui répondre, mais il l'en empêcha par un soudain flot de paroles.
- Vous avez subi un choc. Si votre mémoire vous fait défaut, c'est parce que vous avez vécu quelque chose de si terrible que votre esprit s'est refermé sur lui-même et a refusé d'accepter la réalité. Si je vous révélais maintenant ce que je crois être vrai, vous ne me croiriez pas, refuseriez de me croire, et de toute façon, je ne connais pas l'exacte vérité. En attendant, j'ai juré de vous protéger contre une nouvelle horreur semblable, et de vous ramener à bon port, et je le ferai. Soyez sans crainte, plus rien ne vous arrivera.
Si cette tirade était sensée arrêter les paroles de la jeune fille, elles n'eurent pas l'effet escompté, car elle revint à la charge avec de nouvelles questions.
- Comment m'avez-vous trouvé ? Quel est ce mal dont vous devez me guérir ?
Le mage sembla enfin se mouvoir, et finalement la silhouette noire se dressa et fit demi-tour vers la grotte. Cachant la lumière du soleil levant, le visage du magicien n'en était pas plus visible. Ses mouvements étaient pleins d'une lassitude étrange. Il se mit enfin à parler.
- Vous étiez captive d'un groupe de monstres. C'est eux qui vous ont infligé cette maladie. Je vous ai trouvé par hasard, lorsque je suis tombé sur cette tribu. J'ai eu du mal à vous libérer, et ils sont peut-être encore à nos trousses. Mais il est bien plus probable qu'ils nous aient oubliés. Cependant, je dois être certain de vous ramener au seul endroit ou je pourrai guérir votre mal.
Bien que la prochaine question était évidente, elle s'empressa de la formuler :
- Où allons-nous ?
- Avez-vous entendu parler de Meta Bia ?
Le nom glacial rebondit sur les murs de la grotte. Le silence qui s'en suivit n'était pas du à la peur qu'il aurait pu inspirer. Arealis ne connaissait pas cet endroit. Mais ce qui lui faisait peur, c'était qu'elle ne se souvenait d'aucun endroit, sinon cette grotte. Elle se sentait faible et fatiguée, perdue surtout. Sans doute à cause de la maladie.
- C'est le seul endroit, reprit le magicien, ou je pourrai sans entrave faire tout mon possible pour m'occuper de vous ?
- Tout votre possible ?
Elle avait répété cela comme un réflexe et en venait presque à le regretter. L'expression vague l'avait troublée. Qu'avait-il besoin de faire pour la sauver. Tout son possible, qu'est-ce que c'était ? Elle se souvint qu'elle avait été ligotée le soir précédent. Elle se demanda à nouveau ce que le mage allait lui demander en retour. Mais l'insolence de cette même question aurait bien pu causer sa perte, s'il lui voulait effectivement quelque chose. Elle était seule, faible et désarmée face à lui. Il aurait pu faire d'elle tout ce qu'il voulait. Tout son possible.
- Votre mal est très spécifique, et pour le guérir, je dois recourir à une magie très spécifique. Il n'y a que là-bas qu'on me laissera l'employer.
Elle décida de se taire et de réfléchir au discours du mage. Elle était pratiquement certaine qu'il voulait lui cacher quelque chose. Elle pensait également qu'en lui cachant certains détails, il en révélait d'autres involontairement. Elle devait sans doute être capable de percer son masque de mystère.
Une magie très spécifique. Ça pouvait être n'importe quoi. Mais il avait dit qu'il n'y avait que là-bas qu'on lui "laisserait" l'employer. Donc ailleurs, on l'en empêchait. Quelle sorte de magie, s'il s'agissait de magie, après tout, allait-il employer sur elle ? Depuis qu'elle avait bu la potion, son esprit devenait plus clair, mais révélait plus d'éléments flous et incomplets. Elle essaya de rassembler les éléments qu'elle connaissait.
Elle était vivante. Du moins, ça elle le savait. À moins que le mal magique dont il lui parlait était un sort de nécromancie. Les vieux livres de comtes en parlaient souvent, des mages noirs qui réveillaient les morts. Mais qui voudrait sauver un mort-vivant ?
De quels maux magiques infligés par des créatures avait elle pu lire des exemples dans des comtes ? Certaines créatures mythologiques changeaient leurs ennemis en statues, mais elle n'était pas immobile. Sinon... Les vampires ! Et si elle était une vampire ? Il l'aurait ligotée pour éviter qu'elle ne l'attaque. Il serait un mage à la recherche d'un traitement contre le vampirisme. Mais alors, qui empêcherait de telles recherches ? Pourquoi aller à Meta Bia ? Le danger peut-être. Les mages ne faisaient peut-être pas d'expériences sur des vampires captifs, de peur soit qu'ils se libèrent, soit qu'ils infectent quelqu'un d'autre.
Elle ne se souvenait pas d'autres exemples de livres parlant de maladies magiques. Elle ne se souvenait d'ailleurs pas de grand-chose. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle avait lu des livres autrefois, des contes et légendes. Elle se rendit compte de ce que ça impliquait. Si elle avait été un vampire sauvage, elle n'aurait pu avoir accès à ces livres. Soit elle avait eu une vie avant de devenir vampire, soit elle n'étais pas un vampire. Dans tous les cas, elle avait été enlevée à sa vie précédente, à un moment donné, soit par les créatures qui la tenaient pour prisonnière, soit par le mage qui la protégeait maintenant - soit les deux.
Mais son esprit n'était pas tranquille et elle ne put s'empêcher de penser à nouveau aux raisons qui poussaient le mystérieux mage à la sauver et à la protéger. Qu'espérait-il avoir en échange ? Était-il seulement intéressé par la science magique ? Il avait l'intention d'employer des procédés qu'on lui empêcherait d'utiliser ailleurs. Comment pourrait-il profiter de la gloire de l'utilisation de tels procédés ? Cherchait-il alors le pouvoir que pourrait lui procurer l'opération ? On parlait souvent de mages noirs avides de pouvoir. Mais quel pouvoir pourrait-il tirer d'une jeune femme malade ? Et si le mage ne désirait que de profiter de ses attributs féminins ?
Elle chassa ces idées de sa tête. Il n'était pas correct de soupçonner son sauveur. Et pourtant, elle lui fit moins confiance le soir suivant, lorsqu'il lui remit sa potion.

Ils finirent pas se mettre en route pour de bon. Les jours passaient et Arealis se sentait faible et désorientée. Sa mémoire lui avait semblé revenir partiellement au début, mais à présent rien ne changeait plus. La potion faisait-elle bien son effet ?
C'était justement un autre problème. Les réserves de potion touchaient à leur fin. Mandreas le mage sombre ne parlait que lorsque c'était absolument nécessaire, et semblait ne pas trop s'intéresser à elle, ce qui la rassurait. Mais il s'intéressait surtout à cette potion. Il disait pouvoir la fabriquer à partir de plantes, mais à la seule condition qu'ils trouvent les plantes dont il avait besoin.
Le froid glacial des terres du nord commençait à agresser les sens d'Arealis. Elle ne l'avait pas remarqué avant, trop absorbée par ce sentiment constant de faiblesse, mais elle se rendait compte maintenant que ses habits n'étaient pas assez chauds pour ce pays. On racontait que ce froid avait vaincu l'un des grand héros mortels. Lequel était-ce ? Un des plus importants titans sans doute, mais Arealis ne connaissait pas leurs noms par coeur. Mandreas paraissait de plus en plus inquiet, toujours à regarder les buissons, les herbes. Sans doute à chercher de quoi fabriquer un remède.

La fatigue devenait de plus en plus lourde. Mandreas disait qu'une fois les montagnes passées, le terrain serait plus plat et plus facile à traverser, mais ce calme hypnotisant et froid était plus terrible encore que la hardiesse physique des montagnes gelées. Chaque nuit, chaque pause, était un gouffre de fatigue menaçant, dans lequel toute chute pouvait se révéler fatale. Se relever après de froides mais paisibles nuits était parfois plus dur que tout, même lorsque le froid était si mordant qu'il ne laissait pas le sommeil faire son oeuvre.
Mandreas avait finalement réussi à produire de nouvelles fioles de l'étrange mixture à laquelle Arealis avait fini par s'habituer. Il redoutait que son effet soit insuffisant, les ingrédients étant rares en ces terres nordiques, et les doses inexactes par nécessité. Mais c'était tout ce qu'il avait pu produire. Il n'avait pu rassurer Arealis qu'en lui garantissant qu'il y avait autant de remède que nécessaire à Meta Bia, et même peut-être une cure définitive.
Pourtant, bien que les ennemis qu'ils fuyaient depuis longtemps étaient loin derrière eux, le chemin se révélait toujours plus difficile. Le froid était le premier obstacle, et la peur fut l'un des suivants. Les hurlements de loups sauvages les réveillaient la nuit, et parfois même le cri strident d'aigles des neiges ou de rapaces nordiques troublaient le bourdonnement froid de la neige tombante, la neige lourde qui alourdissait l'air, attirant les voyageurs au sol, les épuisant, les hypnotisant...
Comment le mage pouvait-il tenir ? Par plusieurs occasions, il avait réveillé Arealis qui était tombée dans un sommeil trop profond. Cela arrivait de plus en plus souvent, trop souvent. Les soirs, elle tournait et retournait ses bribes de souvenirs, le peu de mémoire qui lui restait, essayait de mélanger ses pensées pour motiver son imagination, espérant reconstruire son passé. Elle voulait savoir qui l'avait enlevé et ce qui lui avait été fait. Mais plus elle pensait, plus elle était faible, et elle finissait par s'endormir, bercée par le froid, à la fois protecteur et meurtrier, à la fois emportant et déchirant... Elle essayait de se représenter des monstres qui seraient capable d'enlever des jeunes filles sans les manger - pourquoi n'avait elle pas été mangée ? Elle aurait voulu savoir à quoi ils ressemblaient. Leur regard devait être sombre, menaçant. Elle s'imagina toutes sortes d'êtres des montagnes ou des rochers réputés menaçants. On disait qu'il y avait nombre de dragons dans les monts nordiques. Pouvaient-ils vivre par ce froid ? Mais là d'où ils venaient, il n'y avait pas toute cette neige, et cette glace qui reflétait leur fatigue pour les aveugler. Il y avait plus de rochers, de terre sèche. Sèche et craquelée. Elle s'imagina un camp de monstres installé dans cette terre craquelée et ces rochers pointus. Des monstres ou des dragons ? Des êtres vêtus d'écailles. Qui avait pu l'enlever ?


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MessageSujet: Re: (+12) La Mère des Dragons   Lun 5 Nov - 1:19

La nuit fut agitée. Voilà des jours qu'ils avançaient dans les neiges froides du Vaabrysen, terrifiés par les hurlements des loups, mais c'est cette nuit qu'ils décidèrent de s'attaquer à eux. Lorsqu'ils approchèrent, l'un deux, comme un éclaireur, surprit Mandreas qui réagit en déchaînant un sort magique destructeur sur le monstre. Après quoi, il chercha dans ses sacs et trouva une grande dague qu'il donna à Arealis.
- Les loups ne chassent pas les humains, dit-il. C'était sans doute une erreur. Mais soyez prête à vous défendre, au cas ou. Nous sommes peut-être sur leur territoire. Nous allons devoir marcher.
Mandreas alluma une torche et quitta leur refuge. Il espérait sans doute que les loups, voyant leur lueur s'éloigner, comprendraient qu'il avait quitté le camp. Il espérait également qu'il s'agisse bien de loup, malgré la carcasse fumante peu identifiable qu'il avait laissé derrière lui dès la première rencontre de ces bêtes nocturnes. Ils avancèrent lentement dans la nuit - Arealis était encore faible. Alors que les ingrédients de la potion se raréfiaient, son effet semblait augmenter. Si Arealis était toujours malade, elle arrivait à marcher et sa mémoire s'améliorait - peut-être. Elle était désormais certaine que les êtres qui l'avaient enlevée étaient bien des êtres écailleux. Des lézards géants, peut-être ? Mais ils ne vivent pas en tribu, ce sont des animaux. Ils mangent leur proies, c'est tout.
Dans la nuit froide, Mandreas repérait des pas proches. Il savait maintenant qu'ils n'étaient pas seuls. Les loups les suivaient. Il s'était attendu à ce qu'ils les surveillent, mais ces loups coriaces les traquaient, et discrètement, s'apprêtaient à les attaquer. De simples loups sauvages auraient évité les humains tant que possible. Soit ce n'étaient pas des bêtes sauvages, soit ce n'étaient pas de simples loups. Il finit par trouver la réponse à ce dernier mystère et éteignit la torche. Arealis poussa une exclamation de surprise.
- Il faudra combattre, dit-il. Ne vous inquiétez pas, nous les verrons dans le noir.
Soudain une faible lueur rouge apparut dans la nuit, entre les buissons. Elle se mit à bondir dans leur direction.
- Des crocs-de-mages, souffla Mandreas.
Physionomiquement, il y a peu de différence entre un loup et un croc-de-mage. La principale différence est que les croc-de-mages sont attirés par la magie, et leurs yeux rouges se mettent à luire lorsqu'ils approchent d'une source magique. Ces créatures n'étaient pas attirés par Arealis, ils l'auraient probablement évitée en temps normal. C'est lui qu'ils cherchaient, et cela l'arrangeait. Il saurait se défendre mieux qu'il saurait défendre Arealis contre ces créatures. Ses sorts étaient fin prêts. Regardait la lueur rouge s'approcher, il imprima un courant magique destructeur dans sa direction. Dans un éclair violet, la course des yeux rouges s'arrêta et la bête était morte. D'autres lueurs rouges se détachaient déjà de la brume nocturne pour s'approcher d'eux. D'un autre éclair rapide, Mandreas chassa deux des loups. Il se retourna pour repousser dans un jet de flammes vif et efficace un autre bête. Ses réserves magiques étaient bien suffisantes pour éliminer trois fois leur meute.
Arealis observait son protecteur faire valser les sorts de chaque côté. Les lueurs rouges et bleues qui repoussaient et anéantissaient les loups illuminaient la nuit. Le sorcier dansait dans la neige, rejetant les attaques des loups magiques comme de vulgaires illusions. La bataille était gagnée d'avance. Les lumières rouges finirent par s'éteindre. Si les monstres n'étaient pas tous morts, alors les autres s'étaient enfuis. Mandreas était sans doute un mage très puissant.
Arealis eut de plus en plus confiance à partir de ce moment, alors qu'en même temps, elle se sentait encore plus impuissante face à ce mage très doué. Et elle se rendait compte également que les monstres qui l'avaient capturée devaient être encore plus puissants, si Mandreas les avait fuit.

- Qui sont-ils ? Lança Arealis au mage noir qui avait déjà reprit la route.
Il ne répondit pas et continua à marcher dans la neige profonde qui les environnait. Elle renchérit.
- Les monstres qui m'ont capturé. Que sont-ils ? Pas des dragons ?
Mandreas se retourna subitement, un air légèrement colérique dans ses yeux. Mais Arealis sur déceler son émotion dans les traits de son visage. Bien que cela soit inconcevable, elle était certaine de son interprétation. Mandreas avait eu un sursaut de panique.
- Votre mémoire revient ? Sa voix tremblait.
Arealis hésitait. Pourquoi cette réaction de Mandreas ? Il ne s'était apparemment pas attendu à sa question. Pourtant la première fois, il n'avait pas réagi. Qu'avait-elle dit de plus ? Était-il étonné qu'elle parle des monstres qui l'avaient capturée, ou plutôt qu'elle demande s'il s'était agi de dragons.
- Je ne peux pas me souvenir d'eux. Mais vous les avez combattus, n'est-ce pas ? Et nous les avons fui.
Mandreas la regardait avec un air compatissant, mais pour Arealis, son expression était artificielle. Il espérait lui montrer qu'il était content que sa maladie guérisse, qu'il était soulagé que le remède de fortune qu'il avait concocté ait son effet. Et pourtant, son visage n'était pas sincère.
- J'aime autant que vous vous en souveniez par vous-même. Je ne suis pas un spécialiste du soin de l'esprit.
- Je vous ai vu combattre ces animaux sauvages, vous n'êtes pas un simple magicien de foire qui fait sortir un lapin de son chapeau ! Vous savez vous battre ! Si vous avez fui ces monstres c'est qu'ils étaient plus puissants que vous ! Je veux savoir de quoi il s'agit.
- Vous finirez par le savoir quand la potion fera son effet.
Arealis ne s'attendait pas réellement à une réponse satisfaisante, mais cet échange avait réussi à lui faire perdre presque toute confiance en Mandreas. Il avait quelque chose à cacher. Tandis qu'elle cherchait quelque chose à dire au mage, ses pensées tournoyaient fébrilement et elle commença à se sentir désorientée, déséquilibrée. Elle avait le vertige. Elle cessa tout mouvement et essaya de se rattraper quelque part. Il n'y avait nulle part ou s'appuyer, mais elle ne tombait pas. Elle se pencha, s'appuya sur ses genoux, et essaya de se calmer, quand soudain, elle sentit son estomac remonter. penchée sur le sol, elle vomit, ne pouvant pas se retenir.
Mandreas changea d'expression et cette fois, Arealis ne savait dire s'il était sincère ou non, et n'en avait plus vraiment cure. Il avait l'air de s'inquiéter, et même si c'était fictif, elle cherchait quelqu'un qui s'inquiète d'elle. Elle avait toujours le vertige, et ne pourrait peut-être plus marcher sans savoir que quelqu'un l'aiderait si elle tombait. Elle restait penchée, attendant une éventuelle nouvelle attaque de son estomac. Mandreas attendait qu'elle réagisse.
- Ça va aller, dit-elle. Je crois...
- Ça risque d'empirer avant que vous ne soyez guérie. Nous devrions nous hâter vers Meta Bia. Et je vais chercher plus d'ingrédients, et de meilleures qualité. Et, il faudrait que vous mangiez plus, votre corps doit être bien nourri pour combattre la maladie.
Elle regardait le sorcier, l'air d'écouter ce qu'elle disait. Sans doute ne pouvait-elle cacher ses émotions, comme lui n'avait pu les lui cacher auparavant, mais elle se demandait toujours ce qu'il cachait derrière son jeu de guérisseur providentiel.

Plus les jours passaient et plus Arealis était troublée par les défaillances de sa mémoire. Elle arrivait maintenant à se souvenir qu'elle avait été liée, ligotée, et quelque chose de plus désagréable encore, mais c'est surtout la mémoire de ce qui s'était passé après son enlèvement qui l'étonnait le plus. Certains jours étaient clairs, évidents, et d'autres brumeux, incertains. Elle se souvenait vaguement des évènement. Mais ce n'était pas le plus clair. Ce qu'elle arrivait à garder en mémoire le plus précisément, c'était les conclusions auxquelles ses pensées l'avaient menée, mais l'origine de ces pensées étaient vagues. Elle avait presque oublié le combat contre les loups aux yeux rouges, et il ne lui était revenu en mémoire que récemment. D'autres évènement avaient peut-être quitté sa mémoire, mais elle ne pouvait pas le savoir. Les hommes - étaient-ils humanoïdes - Qui l'avaient enlevée... Elle se souvenait avoir conclut qu'il s'agissait d'êtres à écailles, mais désormais elle s'en souvenait comme d'humanoïdes.
Et Mandreas. Il savait des choses qu'il lui cachait. Arealis avait cessé de boire la potion qu'il lui donnait, et depuis, elle faisait des cauchemars étranges qu'elle n'aurait su décrire. Désagréables. Désagréables et honteux. Elle se sentait de plus en plus mal. Que lui avaient-ils fait ? Était-ce eux ou Mandreas ?
Et si elle était une des créatures, qu'il l'avait transformée pour lui donner apparence humaine ? Mais elle n'alla pas plus loin. Avec des "et si", elle aurait pu dire n'importe quoi. Elle suivait péniblement le mage, qui se retournait de temps en temps pour voir si elle s'était arrêtée. C'est lui qui, finalement, s'arrêta au bord d'un lac gelé. Il avait l'intention de dégeler un bloc de glace pour obtenir de l'eau potable - après, bien sûr, avoir analysé si l'eau ne décelait pas de sources de malédictions magiques ou de maladies quelconques. Le lac n'était pas très grand, mais il était complètement gelé - du moins en surface, et il était si lisse qu'on pouvait s'y voir à travers. Arealis se regarda. Elle avait presque oublié son visage. Elle avait des cheveux bruns sombre qui descendaient dans son dos. Pas très longs, mais ils lui plaisaient bien. Ils étaient mal coiffés, puisqu'elle n'avait pas pris le temps de s'occuper de son apparence depuis très longtemps. Ses vêtements étaient rapiécés, parfois un peu déchiré. Elle se rappelait à présent qu'elle avait, avec l'aide du mage sombre, du rapiécer certains morceaux, trouver de nouveaux vêtements. Ils avaient, quelque jours plutôt, rencontré un marchant itinérant. Mandreas avait marchandé, il l'avait laissée au-dehors de la roulotte du marchand, lui conseillant de hurler si quelque chose l'effrayait ou la menaçait. Elle aurait voulu entrer, mais il avait prétexté qu'il ne faisait pas confiance aux autochtones. De plus, il était le seul à avoir de l'argent, et s'il avait du marchander avec une femme, l'issue des tractations aurait pu être fort déplaisante, en fonction de l'éthique du marchand, qui pouvait très bien faire totalement défaut. Arealis ne s'en était pas plaint, surtout que le mage ressortit avec des réserves de vivres et des couvertures. Elle n'avait même pas remarqué au mage qu'elle avait vu une fumée noire s'élever de la roulotte. Avaient-il mangé ou fumé ? À vrai dire, ça ne l'avait pas vraiment intéressé ni inquiété.
Ce qui la troublait le plus désormais dans le reflet du lac, c'était elle. Sa forme, sa taille, ses proportions... Elle était grasse ! Étonnée de parler à haute voix, elle le remarqua.
- Aurais-je pris du poids ?
- Avec le peu qu'on mange, au risque de vous décevoir, il y a peu de chances que vous grossissiez.
Elle n'insista pas, regardant ses traits sur la mare figée, puis ils repartirent. Elle avait l'impression que son reflet dans le lac était celui d'une femme enceinte.

- Nous y sommes presque, dit-il un jour.
Ils s'étaient arrêtés pour manger. Une grande montagne qu'on voyait au loin semblait être leur destination.
- Vraiment ?
- Regardez au pied de la montagne, à droite. Si vous avez la vue bonne, vous verrez qu'il y a une tour et quelques bâtiments. C'est Meta Bia.
Elle regarda avec un air soulagé, oubliant sa nourriture.
- Vous ne mangez plus ?
- Je n'ai plus faim.
Mandreas était souriant, depuis qu'il avait vu Meta Bia, mais il y eut un air de reproche dans ses yeux.
- Ne vous ai-je pas dit qu'il fallait manger beaucoup ?
- J'ai déjà mangé bien plus que vous, dit-elle.
- Moi, je n'ai pas besoin de manger.
Elle le regarda silencieusement pendant un instant, puis dit :
- Je suis enceinte, n'est-ce pas ?
Le mage tourna la tête vers Meta Bia, pensif.
- Jusqu'où remontent vos souvenirs, demanda-t-il ?
Le sourire avait disparu de son visage. Arealis n'avait aucune envie de discuter avec lui de ses souvenirs.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez profitez de moi quand j'étais malade ? Vous m'avez violée ?
Le mage réagit brusquement en crachant par terre. Cette réaction brusque et presque humaine fit croire à Arealis qu'il était sur le point de lui faire une révélation importante. Mais tout ce qu'il dit fut :
- Je ne suis pas de ce genre là.
Il ne la regardait pas.
- Quelle est la première chose dont vous vous rappelez ?
Elle sut qu'il n'allait pas continuer sur ce sujet, et tâcha de ne pas insister, quitte à garder ses remarques pour plus tard.
- Vous voulez dire, après mon enlèvement ?
- Non, votre souvenir le plus ancien.
Le mage semblait absorbé par ses pensées. Il lui faisait un peu peur - plus que d'habitude.
- Je ne sais pas... Mon nom ?
Elle se rendit compte qu'elle avait d'autres souvenirs.
- Je me souviens de mon village. Je ne sais plus ou c'est mais, je me rappelle des gens.
- Et les monstres ?
- Chaque fois que j'y pense, j'ai une sensation désagréable... Dites-moi, existe-t-il des humanoïdes à écailles ?
Il ignora sa question et ouvrit son sac pour sortir une fiole du remède.
- Vous ne prenez plus la potion, n'est-ce pas ?
- Comment ?
- Vous ne vous êtes même pas rendu compte que je ne vous en ai plus donné depuis deux jours.
- Mais je...
Elle s'attendait à être coupée, mais il la regardait silencieusement, attendant des explications.
- Je me souviens de beaucoup maintenant, Quand je prenais encore votre potion, je n'avais pratiquement aucun souvenir.
Il lui donna une fiole de potion. Elle voulut d'abord refuser, mais il expliqua :
- Gardez-là. Meta Bia n'est pas un endroit commun. Si vous découvrez quelque chose d'horrible, à Meta Bia ou dans vos souvenirs, buvez, et vous oublierez tout. C'est l'échantillon le plus pur que j'ai pu obtenir, avec ça vous perdrez définitivement votre mémoire.
Elle prit la potion, tremblante, et le regardait les yeux grand ouverts par la peur. Voilà la révélation qu'elle voulait entendre.
- C'est vous qui avez effacé ma mémoire ?
Il regarda de nouveau au loin.
- Si j'avais vécu ce que vous avez vécu, même moi, j'aurais sans doute envie de me donner la mort. Cette potion pourra vous apaiser sans vous tuer.
Le mage s'était levé. Il n'eut pas besoin de le dire, mais Arealis comprit qu'ils partaient.
- Quelle est cette montagne ? demanda-t-elle.
- Elle est assez récente. C'est un sort magique qui l'a formée. On l'appelle la dague des morts.


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MessageSujet: Re: (+12) La Mère des Dragons   Mar 6 Nov - 10:29

Lorsqu'ils arrivèrent à Meta Bia, ils ne trouvèrent qu'un village en ruines et une tour bien sombre. Mais cela n'avait pas l'air de troubler le mage.
- Cette cité a été détruite auparavant. Elle était bien plus grande, autrefois. Désormais, les survivants habitent dans les ruines de l'ancienne ville. Le seul bâtiment nouveau, c'est cette tour, et peut-être la palissade.
Des hommes en armure silencieux leur barraient la route à l'entrée. Mandreas leur parla dans une langue qu'elle ne connaissait pas, et l'un d'eux poussa un cri inintelligible derrière la palissade.
- Restez là, dit-il. Je reviens vous chercher dans cinq minutes.
Ils ouvrirent la palissade et il disparut quand elle se referma. Arealis était seule dans le froid avec les deux gardes immobiles. Les deux gardes en armure qui ne la regardaient même pas. Il ne regardaient rien. Leurs armures n'étaient pas étincelantes. Au contraire, elles étaient plutôt défoncées. Des plaques de métal tordues se détachaient par endroit, et on voyait des vêtements déchirés qui dépassaient. Comment tenaient-ils debout, droits et immobiles, avec ce froid déchirant qui les assaillaient ? Elle continua à les regarder, examiner leur armure, et vit qu'il manquait un morceau de jambe à l'une des armures. À ce moment, Mandreas revint et elle se remit en route, mais elle était certaine d'avoir vu dépasser de l'armure l'os du garde, exposé, et cette vue horrible la troubla pour le reste de la journée.
Mandreas était précédé d'un autre sorcier, plus grand et masqué. Il chuchota pour Arealis :
- C'est le seigneur de Meta Bia. Un grand sorcier. Il nous a trouvé un endroit ou loger, et nous pourrons nous occuper de vous.
Le garde qu'elle avait vu n'était pas la seule vision d'horreur de l'endroit. Elle finit par se rendre compte que nombre des habitants de Meta Bia ne portaient que peu de vêtements, et la plupart étaient déchirés, malgré ce froid glacial, et certains d'entre eux avaient des bouts de chair qui manquaient. Elle regardait, choquée, et voulut appeler à l'aide, mais Mandreas essaya de lui expliquer :
- Je vous avais dit que certaines magies de Meta Bia sont interdites ailleurs. La nécromancie en fait partie. Mais ne craignez rien, les expériences des autres sorciers seront inoffensives.
Cette nuit-là, malgré sa chambre bien confortable, elle ne pouvait pas dormir. Elle resta assise sur son lit, les jambes repliées vers son corps, tremblante. Au milieu d'un camp de trolls, elle aurait été terrifiée par les cris et les grognements des monstres, mais ici, le silence des morts-vivants était encore pire.

Plusieurs sorciers s'étaient occupée d'elle pendant sa grossesse. Elle n'avait presque plus revu Mandreas. Cette grossesse n'était d'ailleurs pas naturelle. Plus elle avançait et plus elle souffrait. Et elle allait vite, tellement vite ! Quelques semaines, pas plus. Et malgré ça, elle ne sentait pas la vie battre dans son ventre.
Plus sa grossesse avançait et plus elle avait de souvenirs des créatures qui l'avaient enlevée. Et pourtant c'était des visions contradictoires. Elle voyait des visages écailleux et prolongés, semblables aux têtes des dragons. Mais elle voyait également de figures humanoïdes, bipèdes. Lorsqu'enfin elle revit Mandreas, elle le supplia de lui dire à quoi ils ressemblaient.
- Avez-vous votre potion ? Demanda-t-il.
Elle la sortit de sa poche, prête à la boire si elle entendrait quelque chose d'horrible.
- Vous dites voir des visages de dragons et des silhouettes humanoïdes. Bien. Je vais vous parler des dragons. Savez-vous que les dragons pondent une grande quantité d'oeufs à la fois ? Parmi les enfants d'une reine dragon, presque la moitié d'entre eux sont atrophiés. Ils naissent incapable de voler, et se développent, en conséquence, différemment des autres. Ces créatures apprennent à marcher sur deux pieds, mais, ce sont des mutants. Ils ne vivent pas très longtemps, et n'atteignent généralement que la taille d'un humain adulte avant de mourir. On sait également qu'ils n'ont pas de progéniture.
Mandreas marqua une pause, prit une respiration plutôt crispée, puis lâcha sa dernière phrase.
- Vous portez les oeufs de ces créatures.
Arealis lâcha la potion qui se brisa sur le sol et perdit connaissance.

L'accouchement fut le plus horrible qu'elle ait jamais pu imaginer. Elle endura des souffrances qu'elle aurait à peine put imaginer, et tout ce qu'elle engendra fut un sac d'oeufs qui devait en contenir au plus quatre ou cinq, et plutôt petits par rapport aux oeufs de dragons. Elle aurait voulu s'enfuir ou se laisser mourir, mais elle n'arrivait pas à transformer sa volonté en acte, comme si quelque sort la repoussait. Mandreas finit par lui apprendre que les sorciers de Meta Bia la retenaient prisonnière jusqu'à ce que l'accouchement soit terminé. Il lui apprit également qu'il se déroulerait en plusieurs phases. Ses souffrances continuèrent, et les sorciers obtinrent une dizaine de poches d'oeufs dont elle ne vit pas la couleur. Puis on lui annonça que les souffrances étaient terminées.
Mais elle avait compris ce que Mandreas recherchait, et tout ce que Meta Bia avait toujours voulu. Elle ne les intéressait pas du tout, tout ce qu'ils voulaient, c'était les oeufs. à présent, ils pourraient très bien la tuer, ou encore en faire un de ces zombies silencieux, qui voyaient, mais ne regardaient pas. C'est peut-être en préparation de cette cérémonie qu'ils ne l'achevèrent pas tout de suite. Elle eut quelques jours pour reprendre ses forces, mais tout ce qu'elle pouvait faire de son temps libre, c'était pleurer.
Elle finit par se rendre compte qu'ils ne la tuaient pas. Au contraire, ceux qui lui apportaient à manger la traitaient avec dignité, et certains la regardaient même comme si elle leur était supérieure. Ils l'appelaient parfois "mère des dragons."
Puis vint le jour de la bataille. Une armée venue de l'est s'attaqua à Meta Bia. Les braves soldats, bien vivants, combattirent les morts et les sorciers avec férocité, et le chaos fit vibrer Meta Bia. Arealis essaya de fuir dans le vacarme du combat, mais se perdait dans les ruines du village. Elle vit la tour s'effondrer, mais ne s'arrêta pas pour l'admirer. Les sorciers devaient être trop occupés pour l'empêcher de s'enfuir, alors elle en profita. Elle croyait pouvoir sortir, lorsqu'elle tomba nez-à-nez avec le sorcier masqué, le seigneur de Meta Bia.
Lorsqu'il commença à manipuler des sorts, elle fut repoussée par une force invisible et se retrouva assise contre un mur de la palissade, incapable de bouger. C'est alors que les soldats de l'est arrivèrent, en hurlant "Pour l'Ennashael". Ils chargèrent le sorcier masqué qui n'eut pas trop de mal à les repousser. L'un deux, un officier, semblait-il, réussit cependant à lui résister, et repoussant tant bien que mal les attaques magiques de son adversaire avec son armure, il avançait lentement vers lui. Elle vit son visage, quelque peu ridé, et se rendit compte qu'il était vieux. Mais il n'en était pas moins fort, faisant vibrer sa lame, sans doute dotée d'enchantements lui permettant d'affronter le sorcier, il finit par atteindre sa cible, alors que des sorts finirent par disloquer son armure. Il planta son épée, la retourna, et la ressortit pour lancer plusieurs autres coups dans son adversaire. Les vibrations magiques s'intensifiaient, et finalement le sorcier explosa dans une lumière violette aveuglante.
C'est à ce moment qu'un soldat la prit par les bras et la mena hors du campement. Il la relâcha et elle retrouva tant bien que mal son équilibre. D'autres soldats les avaient rejoint, beaucoup étaient en larmes, mais Meta Bia était vaincue.
- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle, tremblante.
- Nous sommes les soldats de l'Ennashael, répondit d'une voix triste celui qui l'avait sortie du camp. Nous étions aux ordres d'Alex le grand conquérant, le brillant général que vous avez vu tomber aujourd'hui.
Des larmes silencieuses s'échappaient du soldat.
- Merci de m'avoir sauvée, dit-elle.
- Peut-on vous ramener chez vous ? demanda-t-il.
- Non, je suis désolée. Je ne me souviens pas d'où je viens, et je n'ai pas envie d'y retourner. Laissez-moi ici, je saurais me débrouiller.
- Vous êtes sûre ?
Elle prit l'air le plus sérieux possible, et répondit :
- Oui.
Alors les soldats se rassemblèrent, et avant de s'en aller, il lui offrit une épée et une dague, espérant qu'elle sache se servir de l'une ou de l'autre pour se protéger, et lui dit au revoir. Puis ils disparurent comme ils étaient apparus, repartant vers l'est.

Seule dans la neige, assise sur un rocher, elle regardait la dague sans sa main, se demandant si elle allait avoir le courage de mettre fin à sa vie. Puis elle entendit des pas. Elle se retourna et vit la silhouette noire et encapuchonnée qu'elle redoutait.
- Vous êtes vivante ? s'étonna Mandreas.
- La fumée noire, dans la roulotte du marchand...
Sa voix était presque sanglotante.
- Quoi donc ?
- Vous l'avez tué, n'est-ce pas ? C'était la fumée d'une boule de feu ou je ne sais quel sort ?
- Et voilà, je suis devenu le méchant sorcier ! Ne vous ai-je pas sauvée de ces monstres draconiques ?
- Répondez, s'il vous plait.
Il tourna la tête et regarda au loin, dans le vide du ciel.
- Oui. Je l'ai tué.
Après un silence il ajouta :
- Les sorciers ne sont pas en odeur de sainteté ici. Surtout ceux de Meta Bia.
Elle regarda derrière lui et vit qu'il traînait une charrette bien chargée, sans doute pleine d'oeufs.
- Vous avez encore cette potion ?
- Non.
Le mage noir réfléchit rapidement à comment en concocter encore. Il allait en avoir besoin, pour elle, et il avait besoin d'elle pour contrôler sa progéniture. Des enfants d'hommes et de dragons devaient être des créatures formidablement puissante, et s'ils avaient un soupçon d'amour pour leur mère, elle pourrait sans doute apprendre à les contrôler. Et si lui la contrôlait...
Mais lorsqu'il se retourna, la dague était bien plantée, et les yeux d'Arealis s'étaient clos.

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